Conclusion – L’urgence de la créativité en politique

Les citoyens estiment à juste titre ne pas être entendus des élites dirigeantes, car ils n’assistent pas au renouveau promis. Il n’y a que deux réponses possibles à cette frustration. La première consiste à mobiliser les ressorts psychologiques de la peur et du ressentiment, tout en faisant semblant de faire partie du peuple et de parler en son nom. C’est la voie du populisme, l’approche démagogique et délétère de la politique, qui appesantit nos esprits et nos énergies collectives. Se réclamant du bon sens populaire dont serait coupé l’establishment, les populistes, face à des enjeux complexes, apportent des solutions prétendument simples, neuves, radicales, donc en apparence « innovantes ».

Comme les partis établis promettent le changement, mais que partout il se fait attendre, on ne peut s’étonner que ce soient ceux qui sont écartés du pouvoir qui, mécaniquement, incarnent l’espoir du neuf et du mieux. Ce discours séduit une frange importante de l’électorat, car il se démarque des réponses des partis classiques : construisons une barrière le long de la frontière mexicaine qu’on demandera aux Mexicains eux-mêmes de payer (Trump) ! Fermons le pays aux entreprises et investissements étrangers et promouvons les milices privées (Jobbik) ! Sortons « progressivement » de l’euro (FN) et, nouvelle mantra consensuelle, fermons les frontières à l’immigration, surtout en provenance des pays musulmans ! Autant de propositions faussement nouvelles et franchement inefficaces. Mais le fait même de remettre en cause la parole établie devient, par défaut, la seule forme visible de renouvellement des modes de pensée et d’action.

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