Chapitre 6 – 7 priorités pour placer la créativité au cœur de l’action politique

« Aujourd’hui, les entreprises ont une soif presque insatiable de connaissance, d’expertise, de méthodologies, de pratiques professionnelles autour de l’innovation », selon Tom Kelley, consultant nord-américain en la matière, à la tête de la prestigieuse agence IDEO. On ne peut pas en dire autant du monde politique. Mais cela doit changer, au risque sinon d’échouer face aux crises et aux frustrations collectives. Cela ne sera pas facile, prévenait Christian Bason, directeur du Danish Desigh Centre, les participants à la conférence de l’OCDE Innovation in government fin 2014 : « Pour beaucoup de managers, c’est très inconfortable de dire « nous allons apprendre des citoyens maintenant ». Toutes ces barrières… c’est un processus, ce n’est pas une question de réponses et d’idées standardisées, mais d’une reconfiguration complète du secteur public pour le XXIe siècle. Il faudra pour cela faire preuve d’une double empathie : envers les citoyens et envers les systèmes administratifs. Il faudra de l’imagination appliquée, embrassant ce qu’on sait déjà. Nous devons être impatients en termes de mise en œuvre, et ne pas nous arrêter tant que nous ne verrons pas des résultats sur le terrain. »

Vaste programme, car il s’agit de créer un environnement et des processus qui orientent les mentalités et les actions individuelles vers plus d’agilité, d’inventivité, d’expérimentation, d’audace. Mais il ne suffit pas de vouloir « des élus plus inventifs », « renverser la table » ou « du renouveau », il nous faut une méthode. Tout un écosystème de débat, d’écoute, d’inclusion, de participation pour améliorer l’interaction entre les acteurs et l’acceptabilité des politiques publiques. Ce ne seront pas une poignée de meilleures idées dans l’esprit d’une élite éclairée qui règleront l’affaire. Sinon, quelques cours de techniques de créativité à l’ENA et le tour serait joué. Il faut de nouvelles institutions, modifier les relations entre le secteur public et les acteurs privés, et changer les cultures, tant des citoyens, que des fonctionnaires et des élus. Il n’existe pas de programme tout prêt pour activer la créativité du système, comme on pourrait organiser une équipe autour de l’innovation dans une entreprise. Néanmoins, la complexité de la tâche ne doit pas nous empêcher de nous y atteler. Des obstacles et exemples identifiés découlent quelques pistes pour passer de la dynamique actuelle, qui sape le potentiel créatif collectif, à une autre qui l’encourage, la repère, la valorise, la cultive, la diffuse, l’amplifie. Il s’agit d’identifier les points de jonction de canaux d’énergie créative et de lever les obstacles à la circulation des solutions innovantes. Les pistes proposées ci-dessous ont vocation à être discutées, enrichies. Chacune est en soi un immense chantier.

  1. Avant toute chose, changeons de culture, nous citoyens autant que les autorités publiques, pour déclarer officiellement la créativité et l’innovation publiques comme prioritaires, pour cultiver l’audace et adopter les outils nécessaires avec sérieux, en nous méfiant à chaque étape de la possible trivialisation de celles-là.
  2. Acceptons la complexité en politique pour en tirer le meilleur parti.
  3. Pour cela, impliquons avec sérieux les citoyens et tous les acteurs pertinents dans l’effort créatif.
  4. Enseignons les techniques créatives et cultivons la transversalité.
  5. Cela nécessite que nous voyions l’État différemment, non plus comme grand ordonnateur de nos vies, mais comme facilitateur, avec des structures permettant la circulation des solutions, favorisant la réflexion sur le long terme et donnant le temps nécessaire à celle-ci.
  6. Construisons la tuyauterie démocratique qui aidera l’imagination fertile et agissante à éclore : des réformes institutionnelles, une réflexion sur le rôle des lobbys et des think tanks, sur le renouvèlement de la classe politique, sur ses compétences et sa diversité, sur la manière de permettre l’erreur et de faciliter les expérimentations.

Enfin, ce programme de réformes ne réussira que s’il permet en même temps de rendre la politique plus attrayante et de gagner les élections.

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