Chapitre 3 – L’imagination n’est pas au pouvoir

Pourquoi l’imagination n’est-elle pas encore au pouvoir ? En 1968, année fertile en slogans mémorables, le mouvement contestataire des LIP, de la marque de montres éponyme, détourne le nom de la société pour proposer de placer « L’Imagination au Pouvoir ». L’imagination est une notion positive, qui promet de mettre nos rêves à notre portée. Aujourd’hui, non seulement on ne s’autorise plus à rêver, mais la gamme des options politiques dont nous débattons et que nous mettons en œuvre est très étroite. Prend-on au sérieux aujourd’hui l’effort d’invention nécessaire pour, non seulement mieux régler les problèmes qui se présentent à nous, mais aussi forger un avenir meilleur ?

Pas d’après Michel Delevoye, ancien Président du Comité Économique, Social et Environnemental. Il estime que nous avons accordé une part trop importante au réalisme. Les élus seraient, affirme-t-il, devenus « de plus en plus gestionnaires et de moins en moins visionnaires ». Il ajoute : « les campagnes électorales sont aujourd’hui bâties sur la garantie des chiffres, la maîtrise des dépenses, on a des campagnes comptables et non pas des campagnes d’envies. Or, notre objectif n’est pas de fuir le présent, mais de donner la gourmandise du futur. Ce court terme dicté par les campagnes électorales, la disparition des croyances et des idéologies sont tels que l’on donne de l’importance au présent, alors que les peuples ont besoin d’un apaisement quant au futur : les transformations, les ruptures et les métamorphoses que nous allons vivre sont si importantes que la promesse d’un futur doit être plus forte que la perte du présent. Pourquoi changer sinon ? », demande-t-il.

La priorité accordée aux débats sur des mesures ponctuelles et une approche gestionnaire ne sont pas les seuls symptômes de notre manque d’imagination collective. Il faut bien constater que les solutions dont nous débattons ne présentent pas les caractéristiques de politiques créatives :

  • L’offre politique est très restreinte, telle qu’elle est exprimée dans les discours et programmes politiques. On s’en aperçoit sur une question aussi brûlante que celle de la « déradicalisation » des djihadistes rentrant de Syrie, mais aussi en matière de politique migratoire ou de lutte contre les changements climatiques. On débat dans un mouchoir de poche.
  • Non seulement la gamme des solutions envisagées est restreinte, les mesures elles-mêmes sont réduites : unidimensionnelles, court-termistes… On ne réfléchit pas plus loin que le bout de nos mandats.
  • Les formes de l’action et de l’engagement politiques, telles que proposées par les partis manquent aussi de fraîcheur.

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