Ce que la tectonique des plaques nous apprend sur le besoin de se faire comprendre en politique

http://stayclassybar.com/?html=warning-someone-ran-a-background-ch Une définition commune de la créativité veut qu’elle combine deux éléments essentiels : nouveauté et utilité. Si ces éléments sont effectivement essentiels, comme l’expose le chapitre 2 du Petit manuel de créativité politique, l’histoire de la découverte de la tectonique des plaques nous rappelle que la perception de l’utilité est essentielle si l’on souhaite agir à temps en politique. 

C’est seulement en buy provigil us 1912 que fut émis la première fois l’idée que les continents avaient évolué et provenaient tous d’une même continent, la Pangée. L’auteur de cette notion révolutionnaire, Alfred Wegener (1880-1930) avait en effet constaté que les continents africain et sud-américain, et les autres semblent, quand on regarde une carte, s’emboiter aisément. Il avait aussi lu les découvertes de paléontologues indiquant que des espèces identiques avaient vécu à la même époque dans des parties aujourd’hui séparées du monde. Il partit à la recherche des preuves du mouvement des continents, mais ne parvint jamais à le prouver.

« Alfred Wegener s’est épuisé à chercher des preuves, malgré le scepticisme de ses pairs », explique Anthony Brandt, compositeur et co-auteur de  buy prednisone canada online The Runaway Species: How Human Creativity Remakes the World (paru en octobre 2017). Il a fini mort en Arctique, où l’on n’a retrouvé son corps que des mois après. Selon Brandt, ce n’est que 20 ans après sa mort « que la science a rattrapé Alfred Wegener », ce qui, souligne-t-il, démontre que la prétendue utilité d’une idée est très liée à un contexte et à une population donnée. Juste, surtout quand l’on sait qu’en fait il aura fallu un autre scientifique de génie et 30 années de plus pour que le mouvement des plaques tectoniques soit compris et accepté par la communauté scientifique.

En 1929, à peu près au moment où les idées de Wegener commencèrent à être rejetées, Arthur Holmes développa l’une des nombreuses hypothèses de Wegener : l’idée que le manteau subit une convection thermique. Cette idée est basée sur le fait que lorsqu’une substance est chauffée, sa densité diminue et remonte à la surface jusqu’à ce qu’elle soit refroidie et redescend. Ce chauffage et ce refroidissement répétés produisent un courant qui peut suffire à faire bouger les continents. Arthur Holmes a suggéré que cette convection thermique était comme un tapis roulant et que la pression pouvait casser un continent et ensuite forcer le continent brisé dans des directions opposées portées par les courants de convection. Cette idée a reçu très peu d’attention à l’époque, jusqu’à ce qu’elle soit établie par d’autres scientifiques, en 1962.

Sans le soutien des personnes intéressées, la solution la plus géniale et utile ne sera pas perçue comme telle

50 années pendant lesquelles deux analyses utiles ont été jugées inutiles par les pairs de Wegener et Holmes… Ce qui est propre aux sciences est encore plus vrai en politique : « l’utilité » d’une idée est affaire d’appréciation et peut être totalement ignorée alors même qu’elle est juste et précisément, utile.

Quels enseignements peut-on en tirer pour la conduite des affaires publiques ? J’en vois deux principaux :

1. On ne peut pas se permettre en politique d’attendre 50 ans pour débattre et tester une idée pertinente et originale. C’est le même sort qui est advenu, avec ici un dénouement heureux, pour l’expérimentation des Territoires Zéro Chômeurs de Longue Durée (23 années entre la conception et l’expérimentation locale, abandonnée, puis sa diffusion à l’échelle nationale). Il est donc essentiel de mettre les autorités publiques en posture de repérer, évaluer et, le cas échéant, diffuser les solutions potentiellement pertinentes. Ce système de gestion de la connaissance implique une réorganisation de nos administrations, de nos think tanks, de nos partis, autour de cette notion de repérage et évaluation.

2. L’association des personnes intéressées facilite leur acceptation : association à l’analyse des enjeux identifiés, au développement des solutions, à leur déploiement.

3. La créativité dans l’argumentation et la communication autour d’une nouvelle disposition sont également essentielles, mais trop souvent négligées, ce que l’on constate par exemple chez nombre de think tanks européens qui publient analyse après analyse sans investir suffisamment dans l’effort de promotion et application.

David Burkus, auteur des 10 myths of creativity explique que l’on a affaire ici à l’un de ces mythes courant entourant la créativité, celui du « piège à souris » (voir la vidéo ci-dessous, en anglais) : on pense que, parce que l’on a inventé le meilleur piège à souris du monde, les consommateurs vont se précipiter à notre porte.

Non, en politique au moins autant, sinon plus que dans d’autres domaines, la défense d’une proposition originale, son argumentation, l’effort d’association et de persuasion sont encore plus importants. Parce que les résistances sont au moins aussi fortes. Et parce qu’on doit bouger beaucoup plus vite que les plaques tectoniques.

Les 8 composantes essentielles de la créativité politique

Une solution sera retenue dans le temps comme étant créative en politique si elle réunit au moins les caractéristiques suivantes :

  1. Elle est originale…
  2. Utile
  3. Efficiente
  4. Intervient à temps
  5. A des effets utiles sur la durée
  6. Limite les dégâts collatéraux et optimise les bénéfices collatéraux
  7. Maximise le compromis sociétal
  8. Emporte l’adhésion du plus grand nombre

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